Le Point suite à l'interpellation de Rudi Vervoort

 

Le 16 juillet 2013, au Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale, Mme Cécile Jodogne, Echevin à l'Urbanisme de Schaerbeek interpellait Rudi Vervoort, Ministre-Président du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, au sujet de la densification du tissu urbain. 

 

À:

-Monsieur Rudi Vervoort, Ministre-Président de la Région de Bruxelles-Capitale,

-Madame Évelyne Huytebroeck, Ministre de l'Environnement,

Et à:

-Monsieur Willy Decourty, Bourgmestre de la Commune d'Ixelles,

-Madame Nathalie Gilson, Échevin à l'urbanisme,

 

 Bruxelles, le 23 juillet 2013

 

Objet : Sauver les espaces verts de La Plaine (ULB) – Refuser les permis d’urbanisme

 

Les réponses données par M. le Ministre-Président à l’interpellation parlementaire de Mme Jodogne ce 16 juillet 2013 sont fort décevantes. Nous pensons que le dossier mérite une réflexion profonde et une information plus complète, étant donné sa portée supra-communale et son lien direct avec la préservation du maillage vert bruxellois. Nous suggérons dès lors que les autorités communales et régionales examinent plus à fond les points suivants qui, à notre sens, devraient conduire au refus des permis d'urbanismes demandés.

 

- le dossier du promoteur comporte de nombreux manquements et vices de forme, ce qui laisse augurer le succès d’un recours devant le Conseil d’Etat. Le comité de défense de La Plaine ainsi que les organisations qui le soutiennent seront prêts à introduire un tel recours, si tant est que les permis venaient à être octroyés ;

- ces vices de forme, entre autres, se sont révélés par un changement intrinsèque des objets de la demande, ce qui dénote un manque de clarté, qui nous semble inacceptable et déconsidérant quant à l’objet et la nature des demandes des différents permis d’urbanisme. Une nouvelle analyse vous permettra de considérer l’atteinte au Principe de Précaution, suivant le príncipe 15 de la Déclaration de Rio, confirmé par l’Agenda 21, accepté par la Belgique. Effectivement, en apportant votre crédit à ce projet, vous apporteriez par la même votre crédit aux possibles (pour nous fort probables) impacts notoires au point de vue climat, santé, social, environnemental et recherche.

- contrairement à l’interprétation donnée par M. le Ministre-Président selon laquelle les logements ne doivent pas être l'accessoire de la fonction d’équipement du terrain concerné, le PRAS stipule clairement que les fonctions des logement et des équipements collectifs (crèche…) doivent être accessoires à la fonction principale d’équipement;

- le projet global est “saucissonné” afin d’échapper à l’obligation d’une étude d’incidences, pourtant nécessaire ici de toute manière. De plus, la phase 1 ne prévoit pas de logements estudiantins (kots), ni d’équipement collectif au sens large, donc rien d’accessoire à la fonction principale du terrain. Or de tels besoins sont criants. Nous rappelons que, quand bien même les permis demandés ne requièrent pas une étude d'incidences indépendante, les autorités sont néanmoins en droit d'en demander une. Nous soulignons que le saucissonnage est incontestable, étand donné qu'une ambition plus large est ouvertement affichée par le constructeur dans les pièces constituant sa demande de permis.

- le projet ne s'insère pas dans le futur PPAS “Campus de la Plaine” (qui n'existe de toute façon pas encore, il est tout au plus approuvé par le Collège), mais se veut en marge ou en avance de ce dernier. Quelle est l'urgence de ce projet en termes de besoins au niveau communal ou régional en matière d'urbanisme? Le Schéma Directeur développé par la Région (ou encore à développer !) ne semble pas, lui non plus, véhiculer ce projet, qui nous apparaît donc comme une urgence du privé et non comme une réponse à un besoin d’intérêt général.

- le projet ne peut être déclaré conforme au futur PPAS sur le site, qui ne figurait d'ailleurs pas non plus dans le dossier présenté à l’enquête publique. De même, le projet ne peut être déclaré conforme à la Convention récente ULB – Promoteur dont les modalités seront prochainement en chantier ; ce document ne faisait pas non plus partie du dossier présenté à l’enquête publique (deux vices de forme supplémentaires) ;

- le PRD qualifie le site en zone de “haute valeur biologique”. Par ailleurs, il semble ne pas exister d’inventaire reconnu de la biodiversité d’Ixelles et particulièrement du site. L’estimation des pertes en termes de biodiversité a été complètement baclée, une lacune de plus dans les incidences. Ceci appuie un délai pour l’inventaire et estimation de cette valeur biologique – príncipe de précaution - mais cette fois en sus en ce qui concerne la politique de risque.

- le projet entrave le maillage vert fonctionnel. Or le maillage vert est une priorité régionale, tant pour l’aspect biodiversité que pour l’aspect humain et social;

- en soi, le projet ne répond pas au bon aménagement des lieux. Il détruit un espace vert, avec la circonstance aggravante et déplorable que c’est dans un campus universitaire, et ce au détriment de la mission éducative, de l’intérêt général et de la biodiversité. De plus, l’étude d’ombrage est lacunaire et non conforme.

 

 

En guise d’exergue. L'espace vert serait perdu (la convention ULB-Constructeur parle elle-même déjà de “remédiation”) malgré son triple rôle: il est d'une part composé de terrains “entretenus”, à l'usage journalier des étudiants et riverains, et d'autre part composé de terrains “sauvages”, abritant une biodiversité importante en ville et bien trop rare; et le tout a une haute valeur biologique et sert au maillage vert fonctionnel.

            De surcroît, les bâtiments projetés sont d'un intérêt presque nul pour les usagers du site. On aurait pu projeter des bâtiments d'intérêt pour étudiants et riverains (crèche, kots, salles de cours, etc.) sur les parties non-vertes du site, comme les parkings, que l'on aurait alors mis en souterrain.

            Enfin, globalement le projet est absurde: on construit sur (et dévalorise par la même occasion) un espace vert à triple rôle pour ensuite transformer un parking en parc (plutôt petit et enfermé dans l’ovale à construire), et tout cela sans tenir compte (ou presque) des intérêts des usagers du site et de l’intérêt général! Le non-sens et le désastre sont flagrants.

 

Nous avons apprécié que la Commune d’Auderghem ait émis un avis défavorable.  

 

Dans l’attente de votre réponse diligente, si possible encore en juillet, nous vous assurons de notre haute considération.

 

Pour les étudiants et les riverains, le Comité “Sauver La Plaine / Contre Universalis Park”, soutenus par diverses associations.

 

Nous rappelons les plus de 4.000 signataires de notre pétition en ligne Avaaz “Empêcher la construction de logements privés sur le plus grand espace vert d'Ixelles”.